Assises du NewSpace 2026
Nous avons participé, avec le groupe d'études aéronautique et espace, aux Assises du NewSpace organisées les 7 et 8 juillet 2026 à la Cité des Sciences et de l'Industrie. Créé en 2022, ce rendez-vous s'est imposé en quelques éditions comme un temps majeur de rencontre entre acteurs publics, industriels, start-up, organismes de recherche, agences spatiales, investisseurs et forces armées.
Le NewSpace désigne une transformation profonde du secteur spatial. De nouveaux acteurs développent plus rapidement des lanceurs, des satellites, des services de connectivité, des outils d'intelligence artificielle embarquée ou des solutions d'intervention en orbite. Cette dynamique ouvre des perspectives considérables, mais elle modifie aussi les rapports de force économiques et stratégiques.
Un écosystème français en pleine accélération
Les échanges ont permis de découvrir plusieurs entreprises innovantes, parmi lesquelles Pangea Propulsion, Cailabs, Greenerwave, SpaceLocker, AIKO, UNIVITY ou encore The Exploration Company. Leurs projets témoignent de la diversité des compétences françaises et européennes : propulsion, communications, traitement des données, services en orbite, exploration ou infrastructures.
Le défi consiste désormais à transformer ces innovations en capacités industrielles durables. Passer du prototype à la production, accéder aux marchés, sécuriser les financements et répondre aux besoins des clients publics comme privés sont des étapes décisives. La commande publique et les dispositifs de soutien doivent jouer un rôle d'accélérateur, sans enfermer les entreprises dans des procédures trop longues.
L'espace est devenu un domaine opérationnel
Le discours d'ouverture du général Vincent Chusseau, Commandant de l'Espace, a rappelé la dimension stratégique de cette transformation. L'espace soutient déjà une grande partie de nos activités militaires et civiles : communications, navigation, observation, météorologie, renseignement, synchronisation des réseaux et conduite des opérations.
La montée en puissance du Commandement de l'Espace doit conduire à environ 500 postes à l'horizon 2030. Ses missions couvrent notamment l'appui spatial aux opérations, la connaissance de la situation spatiale, l'action dans et vers l'espace, l'alerte avancée ainsi que le commandement et le contrôle. Il s'agit de construire une posture permanente, crédible et capable de protéger nos intérêts.
Réduire nos dépendances et renforcer notre autonomie
Dans un contexte international incertain, la France et l'Europe ne peuvent dépendre entièrement de capacités étrangères pour accéder à l'espace, communiquer, observer ou traiter les données. Réduire certaines dépendances, notamment à l'égard des Etats-Unis, ne signifie pas se replier sur soi. Cela signifie conserver la liberté de décider et d'agir, y compris lorsque les intérêts de nos partenaires ne coïncident pas totalement avec les nôtres.
Cette autonomie repose sur une base industrielle et technologique solide, des infrastructures résilientes et des coopérations européennes efficaces. Elle suppose aussi de protéger les chaînes d'approvisionnement, les données sensibles et les technologies critiques.
Innovation, défense et usages civils se renforcent mutuellement
Le NewSpace illustre parfaitement la porosité entre innovation civile et besoins de défense. Une technologie conçue pour surveiller une infrastructure, améliorer une connexion ou analyser une image peut également contribuer à la sécurité nationale. Inversement, les exigences militaires en matière de fiabilité, de résilience et de cybersécurité peuvent accélérer le développement de solutions utiles à l'ensemble de l'économie.
Cette dualité doit être assumée et encadrée. Elle permet de mutualiser les investissements, de soutenir des entreprises à fort potentiel et de renforcer notre souveraineté sans opposer les usages civils et militaires.
Former les talents et préparer les emplois de demain
La réussite de cette stratégie dépendra enfin des femmes et des hommes capables de la mettre en oeuvre. Ingénieurs, techniciens, chercheurs, spécialistes des données, juristes, opérateurs et entrepreneurs sont indispensables. La formation et l'attractivité des métiers doivent donc devenir une priorité, de l'enseignement secondaire à la recherche.
Les Assises du NewSpace ont montré que la France dispose de talents, d'industriels et d'une recherche de haut niveau. Notre responsabilité est de leur donner les moyens de grandir, de coopérer et de tenir leur rang dans une compétition mondiale de plus en plus intense.
En tant que membre de la commission de la Défense, je resterai pleinement mobilisée pour soutenir une politique spatiale ambitieuse, souveraine et européenne. L'espace n'est plus un horizon lointain : il est déjà au coeur de notre sécurité, de notre compétitivité et de notre avenir.