Préserver notre liberté d’agir face aux cyberattaques

Lors de ma visite de rentrée au groupe scolaire Maxime-Marchand, au Loroux-Bottereau, des logiciels de gestion restaient indisponibles après une cyberattaque. L’engagement des équipes a permis une rentrée réussie. Cette réalité locale pose une question nationale : comment garantir nos missions essentielles lorsque les outils dont nous dépendons deviennent inaccessibles ?

Des services du quotidien à notre souveraineté

Le vol massif de données de France Travail en 2024 et les attaques contre des installations énergétiques polonaises fin 2025 éclairent différentes dimensions du risque. Dans un cas, les données personnelles sont exposées ; dans l’autre, des infrastructures physiques sont visées. En Pologne, la production d’électricité et la fourniture de chaleur ont été préservées malgré les attaques. La gravité de la menace ne condamne donc pas à l’impuissance. Les protections et la capacité de réaction comptent.

Ces événements ne doivent pas être confondus dans un récit unique. Extorsion, espionnage et sabotage répondent à des objectifs différents. Mais ils nous obligent à regarder ensemble trois enjeux : la continuité des services essentiels, la protection de nos données et de nos savoir-faire, et notre liberté de décision. Une société durablement désorganisée voit sa capacité d’action réduite et la confiance de ses citoyens fragilisée.

Nos infrastructures forment un ensemble de dépendances : l’énergie fait fonctionner les télécommunications, les réseaux soutiennent les transports, les prestataires numériques relient administrations et entreprises. Nos armées s’appuient elles aussi sur des infrastructures civiles et des fournisseurs industriels. Une fragilité chez un sous-traitant peut ainsi affecter plusieurs activités stratégiques. La sécurité nationale se construit aussi dans nos territoires et dans nos PME.

Cela impose de conjuguer protection et résilience. Sécuriser les accès, entretenir les systèmes et protéger les sauvegardes doivent aller de pair avec des plans de continuité réellement éprouvés. Il faut savoir quelles missions maintenir, qui décide, comment communiquer et dans quel ordre rétablir les services. Préparer ces choix collectivement permet de réduire les conséquences d’une attaque et de retrouver un fonctionnement fiable.

Faire progresser ensemble les mondes civil et militaire

Cette interdépendance doit devenir une force. Les innovations civiles en détection des intrusions, en chiffrement ou en protection des réseaux peuvent répondre à des besoins de défense. En retour, les exigences militaires de robustesse, les méthodes de préparation aux crises et l’expérience du fonctionnement avec des moyens dégradés peuvent enrichir la protection de nos services essentiels.

Nous disposons de points d’appui, comme le Pôle excellence cyber, dont l’ambition est de rapprocher les acteurs de la défense, entreprises, recherche et formation. Cette logique de coopération doit irriguer davantage nos écosystèmes territoriaux. Universités, écoles, laboratoires, PME, grands industriels, collectivités et opérateurs doivent pouvoir travailler sur des besoins concrets, expérimenter ensemble et partager les compétences utiles.

La montée en compétences est décisive. Elle concerne les spécialistes de la cybersécurité, mais aussi les ingénieurs qui conçoivent les infrastructures, les dirigeants qui investissent et les équipes qui les font fonctionner. Cette ambition suppose un accompagnement accessible aux petites structures : expertise mutualisée, diagnostic, aide au déploiement et assistance en cas de crise. Une innovation ne renforce notre sécurité collective que si elle peut être utilisée, entretenue et maîtrisée au-delà des organisations les mieux dotées. Soutenir les PME qui développent ces solutions contribue aussi à consolider notre autonomie industrielle.

Je défends un effort public durable, capable de relier recherche, expérimentation, commande publique et formation. Nous devons en mesurer les résultats : des services mieux protégés, des délais de reprise testés, des équipes formées et des dépendances mieux maîtrisées. La résilience de nos infrastructures engage notre capacité à soigner, à apprendre, à produire et à nous défendre.

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Défense et climat : anticiper pour préserver notre souveraineté et notre capacité d’action