Africa Political Outlook 2026 : « Les Forces du futur » et la souveraineté africaine
Sophie Errante à la table ronde sur l’économie bleue à l’Africa Political Outlook à Bruxelles.
Les 26 et 27 mars 2026, Bruxelles a accueilli une nouvelle édition de l’Africa Political Outlook, rendez-vous participant du dialogue stratégique entre l’Afrique et l’Europe. Cette quatrième édition, placée sous le thème des « Forces du futur », a réuni des décideurs économiques, industriels, scientifiques, politiques, culturels, diplomatiques et gouvernementaux autour d’une ambition commune : contribuer à faire émerger une Afrique forte, souveraine et prospère.
Au cœur de cette édition, une conviction claire : il est temps de dépasser les représentations anciennes d’un continent trop souvent réduit à un simple réservoir de ressources. L’Afrique affirme aujourd’hui sa propre trajectoire de développement, en s’appuyant sur des atouts structurels majeurs : sa démographie, son urbanisation, la montée en puissance de la ZLECAf, mais aussi l’essor des économies vertes et numériques.
Le véritable enjeu est bien celui d’un changement de paradigme dans le dialogue avec les pays africains. La question n’est plus de savoir comment « aider » ou « développer » l’Afrique, mais comment construire avec elle des alliances durables pour répondre ensemble aux grands défis de notre temps. C’est tout le sens de cette initiative, qui invite à sortir des logiques de rente ou de dépendance pour bâtir des partenariats fondés sur l’investissement, l’influence réciproque, la responsabilité partagée et le respect des souverainetés.
J’ai été invitée à participer à un panel consacré à l’économie bleue, sujet stratégique, à la croisée des enjeux de développement, de sécurité et de souveraineté. Ce déplacement a également été l’occasion de prendre part à un dialogue qu’il nous faut aujourd’hui renouer, approfondir et renouveler entre la France et de nombreux pays africains. Cela suppose de faire évoluer non seulement le contenu de nos coopérations, mais aussi leur méthode, leur équilibre et leur esprit.
Mon engagement au sein de la Commission de la défense nationale et des forces armées, comme mon expérience passée à la Caisse des Dépôts, m’ont permis d’apporter à ces échanges une réflexion sur les industries stratégiques, la gouvernance, l’investissement de long terme et les mutations profondes que traversent nos modèles politiques, économiques et démocratiques.
Je suis convaincue que nous avons, en Afrique comme en Europe, bien plus de défis communs que nous ne le reconnaissons parfois. Transition énergétique, sécurité maritime, jeunesse, innovation, formation, souveraineté industrielle, démographie : sur tous ces sujets, nos destins sont plus liés qu’on ne le dit. C’est pourquoi je crois à la nécessité d’un partenariat plus lucide, plus honnête et plus respectueux, qui sache reconnaître les forces, les attentes, mais aussi les fragilités de chacun.
L’Europe a beaucoup à apporter à l’Afrique, notamment par son expertise industrielle, technologique et institutionnelle. Mais elle a aussi beaucoup à apprendre du dynamisme africain, de sa capacité d’innovation, de ses transformations rapides et des solutions qu’y inventent les entrepreneurs, les chercheurs, les acteurs publics et les sociétés civiles. C’est dans cette logique d’échange équilibré que peuvent se construire des coopérations solides, utiles à nos populations, à nos territoires et à nos nations.
Les échanges que j’ai pu avoir lors de ce sommet ont renforcé ma conviction : il existe une véritable volonté de bâtir des coopérations innovantes, concrètes et respectueuses des souverainetés. Dans un contexte international marqué par les recompositions géopolitiques, les tensions sur les ressources et la nécessité de repenser nos interdépendances.
À l’heure où les dynamiques démographiques, technologiques et écologiques redessinent en profondeur la scène internationale, ce rendez-vous rappelle une chose essentielle : l’avenir se construira avec l’Afrique, non à sa place. C’est à cette condition que nous pourrons bâtir des partenariats à la hauteur des défis du siècle.
Je remercie chaleureusement les organisateurs, pour leur invitation et suivrai avec beaucoup d’intérêt les travaux à venir.