Trop, c’est trop

« Trop, c’est trop », la démission, ce matin, du Premier ministre en est la dernière illustration.

Elle marque l’aboutissement d’un cycle politique épuisé, d’une séquence institutionnelle où les jeux de toute part ont pris le pas sur l’intérêt du pays. Plus précisément où des intérêts, que je n’arrive même plus à qualifier, ont pris le pas sur le simple bon sens. S’il fallait encore que cela soit illustré, ce nouvel épisode est un énième symptôme d’un malaise profond, d’une incapacité collective à répondre aux attentes d’une nation fatiguée, fracturée, désabusée.

La France traverse un moment où les équilibres institutionnels, sociaux et politiques vacillent en même temps. Notre société est travaillée par des tensions sociales fortes — réelles, mais aussi pour partie instrumentalisées —, par une crise de confiance envers la parole publique et une défiance généralisée à l’égard des institutions. Les fractures s’accumulent : entre générations, entre territoires, entre catégories sociales, entre gouvernants et gouvernés à tous les niveaux… Le lien civique s’effrite, et avec lui, la force du collectif qui fonde notre République.

Le débat public s’est enfermé dans une spirale d’affrontements, de provocations et de surenchères. L’esprit de responsabilité, lui, s’étiole sous le poids des calculs de tous bords. Or, dans la période que nous vivons, la mission d’un gouvernement ne devrait pas être de composer des équilibres politiques fragiles ou de distribuer des récompenses de part et d’autre pour services rendus, mais bien de garantir la cohésion nationale et la continuité de l’État.

Aujourd’hui, nous n’en sommes même plus à garantir les conditions de la confiance. Nous devons d’abord garantir la capacité de l’unité du pays, la possibilité de construire un avenir commun ensemble, dans cette période si périlleuse. Car la République ne se sauvera pas contre les uns ou sans les autres : elle se sauvera avec tous ceux qui croient encore à l’intérêt général, dans son socle de valeurs partagées et à la parole donnée.

Ce qui manque aujourd’hui, ce ne sont ni les propositions ni les compétences : c’est le courage collectif de la responsabilité. Comment expliquer qu’avec autant d’hommes et de femmes de qualité dans ce pays, avec le niveau de formation exceptionnel de nos acteurs publics et privés, avec la richesse entrepreneuriale, économique et associative dont la France dispose, nous ne soyons pas capables de former un gouvernement d’un niveau de qualité à la hauteur des ambitions et des enjeux du pays ? C’est tout simplement incompréhensible — et profondément inquiétant pour la vitalité démocratique de notre nation.

Nous devons cesser les petits arrangements entre amis, les jeux de posture et les passe-passe politiciens. Nous devons cesser d’attiser les colères, de cultiver les divisions, de jouer la provocation. La période est à celle de la responsabilité collective. Nous ne pouvons plus accepter ces pratiques hystérisantes qui fragilisent la République. Nous ne pouvons plus tolérer la déresponsabilisation des uns et des autres. Et nous ne pouvons plus, je ne peux plus accepter que la France continue sans incarner de véritables solutions.

Trop, c’est trop

À cette crise nationale s’ajoute un contexte international explosif, qui rend notre responsabilité collective encore plus impérieuse. La guerre en Ukraine, les tensions au Proche-Orient, les affrontements dans le Caucase, la montée des menaces hybrides aux frontières de l’Europe, les désordres économiques mondiaux : tout concourt à fragiliser la stabilité du continent. Dans ce monde en déséquilibre, la France n’a pas le droit de vaciller. Notre devoir est de préserver notre unité, notre cohésion et notre capacité d’action.

Nous avons la capacité de faire autrement. Nous avons la capacité de faire mieux. Le sujet ne doit plus être celui des individus, mais celui d’un contrat clair, partagé, construit et amendé collectivement, fondé sur l’intérêt général.

C’est dans cet esprit que je réitère une proposition claire : la mise en place d’un gouvernement technique d’unité nationale, fondé sur un socle commun de valeurs républicaines, dont la mission serait de garantir les affaires courantes, de stabiliser le pays et de préparer l’avenir. Un parlement qui prend et reprend toute sa place et sa responsabilité que ce soit dans son rôle de contrôle de l’exécution des lois mais aussi de l’exigence et la qualité du débat parlementaire au sein du Parlement.

Ce gouvernement aurait sous le regard exigeant du Parlement pour vocation d’évaluer la situation réelle de la France, de rétablir la confiance démocratique et de protéger durablement les Français. Il ne s’agit pas d’une parenthèse, mais d’un acte de lucidité et de responsabilité collective, pour permettre à la République de retrouver souffle, sens et cohésion.

Il est temps de rassembler autour de l’essentiel : la responsabilité, la dignité républicaine et la confiance dans notre avenir commun.

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